Bénin-Législatives 2019 : Yayi et Soglo jettent leurs dernières armes

Olivier Ribouis
publié le Apr 21, 2019

Parti comme une simple promenade à l’intérieur de Dantokpa, ce qui  s’amoncelait et devenait une redoutable marée humaine a fini par être dispersée du côté de l’ancien pont en force, à coup de gaz lacrymogène par les policiers  qui ont visiblement senti un air de révolution populaire soufflé depuis le marché Dantokpa.

yayi-soglo Boni Yayi(à.g) et Nicéphore Soglo

C’est de l’inédit ! Deux anciens Chefs d’Etat béninois ensemble, à la tête d’une fronde. Dans l’histoire de la jeune démocratie du Bénin, c’est la première fois que deux anciens Présidents de la République ont marché côte à côte pour  mener une protestation populaire contre un régime en place. Ce qui s’est passé dans la matinée du vendredi 19 avril au marché Dantokpa, le plus grand espace commercial d’Afrique de l’Ouest avec les ex-Présidents Nicéphore Soglo et Boni Yayi a fait le tour du monde.

Entourés d’une foule grossissant minutes après minute  dès leur descente sur le marché, Soglo et Yayi ont tenté un véritable coup de force pour une insurrection populaire contre les législatives du 28 avril prochain auxquelles les opposants contraints à l’absence ne prendront pas part. Les images assez illustratives du coup de force sont ces photos sur lesquelles on voit le Président Boni Yayi en tenu de sport fonçant sur un policier qui l’a recalé. La partie n’était pas du tout plaisante à voir. Une autre vidéo-amateur a montré la vieille dame de fer Rosine Soglo et les deux anciens Présidents se faire retrousser à l’intérieur d’une voiture à la va vite face à un mouvement de foule. Parti comme une simple promenade à l’intérieur de Dantokpa, ce qui  s’amoncelait et devenait une redoutable marée humaine a fini par être dispersée du côté de l’ancien pont en force, à coup de gaz lacrymogène par les policiers  qui ont visiblement senti un air de révolution populaire soufflé depuis le marché Dantokpa. Cette sensation instantanée rappelle naturellement à l’esprit la protestation de 89 qui a poussé le dictateur Mathieu Kérékou a trouvé refuge dans une église à la descente de ce même pont. Plus de peur que de mal pour le régime de Patrice Talon qui en aurait fait les frais, l’histoire ne s’est pas répétée.

Au lendemain de cette manifestation affligeante qui témoigne de la tension latente au Bénin, il se dessine clairement que les deux Présidents Soglo et Yayi jettent leurs dernières armes pour arrêter la machine électorale mise en branle pour les sulfureuses législatives qui ont lieu dimanche 28 avril prochain. Les actions semblent s’inscrire dans un plan inavoué. A la veille de leur sortie,  c’est d’abord dans une déclaration depuis son domicile à Cadjèhoun à Cotonou, que Boni Yayi a appelé les Béninois à imposer l’arrêt du scrutin par tous les moyens que leur donne la Constitution en cas d’« entêtement ». Descendu lui-même sur le terrain celui qui a passé le témoin à Talon le 6 avril 2016 n’est pas sans savoir que son geste est de nature à susciter d’autres.  Il ne serait pas surprenant que des actes de violence éclatent dans certaines contrées du pays. Surtout que dès ce lundi 22 avril, on entame la dernière semaine du scrutin.  Elle s’annonce comme une semaine potentiellement à risque d’implosion. Il y a à craindre  pour la campagne électorale jusqu’ici sans incident, du Bloc républicain et de l’Union progressiste, les deux seules formations politiques du pouvoir en lice. Visiblement décidé à se faire entendre, Nicéphore Soglo et Boni Yayi pourraient encore sortir un autre numéro. Pourvu que le Bénin ne sombre pas dans une violence fratricide.